Overblog Tous les blogs Top blogs Sport Tous les blogs Sport
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Sortie Sierra de Guara du 26 au 29 mai 2023

Quitter la grande route de Sabinanigo à Huesca, pour atteindre Nocito, c’est sortir du temps, c’est arriver au pays des villages abandonnés. Tellement abandonnés que les infrastructures ne sont plus entretenues non plus ! Le val du Guatizaléma c’est un pays sans bruit de fond de moteurs, avec des chants de huppes et de coucous, et des stridulations de criquets et de grillons comme autrefois. C’est un pays où l’on peut compter exactement le nombre de personnes croisées dans la journée, connues ou inconnues. C’est aussi un pays où carte bleue et même tickets de caisse, relèvent de l’anecdote ! Ici les accords oraux ont autant de poids qu’ailleurs des contrats écrits. Enfin c’est un pays très prisé par les touristes français.


C’est l’aboutissement des errances de San Urbez : ce moine bordelais a voyagé d’ermitage en ermitage, de miracles en miracles pour finir ici près de notre refuge. A noter qu’il est passé par un autre site que nous avons fréquenté à l’entrée du canyon d’Anisclo (dénommé San Urbez, bien sûr). Une basilique en pierres ocre jaune ou rouge, suivant la lumière, et couverte de lauzes domine notre gîte. Les reliques du saint ont disparu lors de soubresauts politiques relativement récents.

 

Le refuge de San Urbez est un refuge familial tenu par Lila et Carmen. Issu d’une bâtisse en mauvais état et restaurée il y a une trentaine d’années par les parents de Lila, maintenant c’est un gîte coquet dans le style local : Pierres ocre jaune, lauzes pour toutes les toitures, élégantes cheminées aragonaises (cylindriques en pierre avec chapeau). Nous disposons de deux dortoirs de 5 et 6 places. La capacité du gîte est de 25 places, et comporte aussi une cuisine en gestion libre.


Nos hôtesses sont fières de nous présenter ce gîte organisé pour vivre en osmose avec la nature par rapport à l’électricité, au chauffage, à la gestion de l’eau et à celle des déchets. Deux grandes tables accueillent les convives, la cuisine est familiale, même les menteurs se mettent à table. Au premier étage un grand salon s’ouvre sur un balcon, face au Tozal de Guara ; c’est un cadre majestueux où les lève-tôt peuvent faire gymnastique et yoga face à la montagne. Familles et groupes sportifs se côtoient en toute sérénité.


Trois jours = trois objectifs dans des environnements spécifiques :


Le Samedi, départ du parking d’Used à une dizaine de kilomètres. Nous montons d’abord à travers la forêt vers les pâturages (Los Fenales), en cette saison seuls les chevaux sont présents dans les vastes enclos cernés de murs en pierres sèches. Puis nous nous élevons vers un genre de plateau suspendu, couvert d’un maquis de buis et d’ajoncs, les Llanos de Cupierlo. La configuration très karstique présente un relief de dolines. Quelques gouffres sont indiqués sur les cartes. Compte-tenu de l’heure, nous évitons la Cabeza de Guara, et nous filons vers le col de la Croceta de Cubilas. Vers le nord le Massif du Mont Perdu se devine, blanc de neige, dans le blanc de la brume et des nuages. Passage au sommet de Vallemona, avant de déjeuner au col éponyme. A la remontée vers l’arête suivante, nous sommes doublés par un cycliste, vélo sur les épaules ! Le sommet du Tozal de Guara est atteint vers 15h30 par le groupe (moins Hervé et Manu, restés 140m en contrebas). La descente se fait par un sentier direct passant par la cabane refuge de Las Fenales, puis la piste forestière jusqu’au parking d’Used. Bilan 28km et 1160m de dénivelé. Rencontre de sept personnes : un groupe de quatre jeunes espagnols, deux vieux espagnols solitaires, et le cycliste d’environ quarante ans.

Partout le sol des clairières, des maquis et des sous-bois est occupé par de jolis coussins rebondis vert clair, qui invitent à s’y asseoir confortablement. Certains sont piquetés de jaune, ou carrément recouverts par un parement doré et lumineux. De loin ce sont de larges espaces qui évoquent des prairies. En fait il s’agit d’ajoncs typiques de ces régions. Ce ne sont que piquants acérés et dignes de fakirs. Mais que c’est beau.


Dans les forêts, on croise souvent des chênes manifestement très vieux, pas très hauts mais trapus, évoquant un peu les arbres têtards de chez nous. Les feuilles sont petites et vert tendre. Ces vestiges aussi vénérables que dispersés portent différents noms, chênes biliaires ou andalous, et même chênes canariensis pour les scientifiques !


Vestiges de la vie rurale d’autrefois, les terrasses de culture occupent les flancs des collines autour des villages, au même titre que les murs de pierres sèches qui soulignent la campagne et marquent les chemins reliant les hameaux d’habitation d’avant l’abandon des campagnes. Les terrasses sont envahies par les buis qui rendent le paysage illisible et le passage difficile sauf pour les chevaux, les sangliers et quelques humains plus hardis.


Le Dimanche, franchissant vers l’est la ligne de partage des eaux entre vallée du Guatizalema et bassin de l’Alcanadre, nous laissons les voitures à l’entrée de Bara. Ce village est progressivement ré-habité, avec moult travaux de rénovation. Les bâtiments de pierre ocre rouge, sont dominés par la petite église, et reliés par des chemins creux bordés de murs de pierres sèches placées à l’horizontale sauf le rang supérieur sur la tranche. La traversée du gué sur la rivière montre à quel point l’humeur des eaux recopie la météo rapidement : 48h plus tôt, le flot était puissant et teinté de boue, il est maintenant bas et transparent.


Montée à Nasarré (inhabité - uniquement des maisons majoritairement ruinées) à travers forêt et garrigue, pour une pause autour de la petite église bien entretenue, qui domine les pentes descendant vers les canyons du Mascun. Manu éprouve la solidité du porche d’entrée de l’enclos, tandis que nous visitons la chapelle et le clocher. Un village doit avoir une fontaine que nous trouvons à quelque distance en contrebas : c’est un puits fermé couvert de pierres avec un escalier d’une douzaine de marches pour arriver au niveau de l’eau.


La descente vers Otin nous fait traverser un autre hameau abandonné, mais qui n’a rien à envier aux restes des maisons d’Otin. Un refuge abandonné, quelques pièces verrouillées sont les derniers signes de présence humaine sur place. Le lieu est frais et boisé avec beaucoup de peupliers, sentinelles tremblantes dans le vent tiède. Coupant la piste venue du Nord par Letosa, nous montons vers le belvédère du Mascun qui se dévoile d’un seul coup, à couper le souffle : Les eaux du Mascun ont découpé, ciselé, poli et arrondi des sculptures incroyables : colonnes, ponts, aiguilles, balcons, vires, falaises, dentelures et rideaux dans des couches allant du gris bleuté à l’ocre jaune et même à l’orange. Les vautours, loin au-dessous et au-dessus de nous planent majestueusement. Certains sont posés sur la coiffure minérale des colonnes. Des arbustes bien verts sont accrochés sur toute cette architecture naturelle. Des chèvres juchées sur des terrasses supérieures nous regardent passer sur la trace de chemin qui se faufile le long de la falaise.


L’endroit semble déserté par les humains sauf deux bordelais que nous croisons sur la vire ! A la sortie de ce balcon d’environ trois kilomètres, nous nous installons près de l’ancienne fontaine d’Otin sous un bosquet. L’eau est fraîche et abondante. Nous remontons vers l’église ruinée d’Otin, puis par une longue rampe régulière jusqu’au dolmen de Losa Mora. Nous croisons toute une famille (sept ou huit personnes de tous âges), en train de courir (vraiment de courir) vers Otin : nous applaudissons la performance, en particulier un garçon d’environ huit ans très fier de ces encouragements. Une belle rencontre !


De Losa Mora à Nasarré nous passons par un barranco sec, mais nous subissons la menace d’orage, avec quelques gouttes sans suite qui dopent la cadence. Nous sommes vite revenus à notre gué sur l’Alcanadre. L’envie est trop forte d’y tremper les pieds, nous traînons un peu. Bilan : 24 km et 640m de dénivelé


En rentrant nous descendons visiter Nocito, son pont à deux arches et ses quartiers restaurés surtout orientés vers l’accueil touristique gîtes et camping. Dans la soirée, Valérie toujours en mal de vieilles pierres, tient à aller visiter le village abandonné d’Used, en cours de restauration. Nous ne trouverons jamais l’église.


Lundi matin, nous prenons congé de nos hôtesses, non sans les féliciter sur la qualité de leur accueil. C’est une adresse à faire connaître dans le milieu des randonneurs. Nous stationnons près de la fontaine, nous rejoignons le Guatizaléma et nous descendons la piste jusqu’à l’embranchement vers l’est pour le barranco de la Pillera. Nous sommes juste sous les grandes falaises du Tozal de Guara. L’exploration de ce barranco nous fait découvrir entre autres, le grand bassin de l’Estanonera avec sa cascade, la grotte du Brazo Del Mar, et la Fontaine de Guaril. Le long du torrent l’eau se joue des rochers en créant une succession de bassins de baignade qui doivent être fort appréciés durant l’été. Bien sûr le sentier passe d’une rive à l’autre par une suite de gués qui n’ont enregistré aucune chûte dans le groupe ! La grotte du Brazo Del Mar se situe un peu au-dessus du niveau du torrent, et aboutit après quelques mètres à un bassin d’eau claire qui s’enfonce dans la montagne. La Fontaine de Guaril est la résurgence amont qui alimente, au moins aujourd’hui, le torrent : c’est sa seule source actuelle, une eau limpide et abondante.


En remontant vers l’amont du barranco, un chemin escalade la falaise sur le flanc gauche de la Pillera, et revient sur le petit col d’El Forcallo, l’endroit choisi pour faire la pause déjeuner. En face de nous, au nord, nous apercevons notre refuge de San Urbez. En poursuivant notre route nous coupons le ruisseau qui alimente le bassin de l’Estanonera, puis nous descendons vers les maisons de Nocito au niveau de l’accès au camping. Bilan12,4 km et 336 m de dénivelé, et aucune personne rencontrée dans cette zone.


En quittant Nocito vers la base des Pyrénées, l’orage monte et nous accompagne.


Merci à tous les participants, Philippe et Yannick, Mylène, François et Sophie, Jean-Luc, Valérie, Manuel et Emilie, pour ces souvenirs élaborés en commun : tout ce qui nous implique à fond nous transforme et nous fait avancer !

Les photos sont de Philippe F, de Jean-Luc B, de Manuel N et de Hervé LG.

Photos de Philippe , Jean-Luc, François,   Manu et Hervé

Et quelques vidéos : 1, 2 et 3 

Et encore quelques vidéos : 1, 2, 3, 4 et 5

Amitiés de vos animateurs Anne-Marie et Hervé

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :