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Mise à jour du 24 septembre 2022 :  Un lien photo a été ajouté pour publier les photos de Maryse, complément sur le Taillon et la Brèche de Roland.

complément de Maryse

 

Aout 2022 - La dernière marche des chaussures de Jean

Pour ce séjour, notre terrain de jeu est un vaste domaine minéral, avec une porte monumentale – la Brèche de Roland - , avec le Taillon premier 3000 pour beaucoup d’entre nous, et avec des vires mythiques à flanc de falaises. Ceux qui y ont marché entre Boucharo et Mont Perdu gardent au fond d’eux-mêmes des impressions intenses et un souvenir d’immensité sereine.

Mercredi 10 Aout : Malgré une affluence touristique marquée sur Gavarnie, Jean a trouvé une place au coin du parking du Col de Tentes et de la petite route de Boucharo, à la grande satisfaction de Mylène et Hervé. Bientôt rejoints par Maryse et Philippe, l’équipe se prépare pour l’aventure : pique-niques avec déjà du taboulé (le plat vedette du séjour), les chaussures et tenues de marche, et bien sûr l’allègement de certains sacs dans le coffre de la voiture avant de partir.

A l’ombre du Taillon, la marche vers le refuge des Sarradets permet d’adapter la forme des dos et des sacs. Il fait chaud et beaucoup de marcheurs descendent déjà. La cascade est bien alimentée, mais si les marques rouges sont encore visibles, il semble que les chaînes dans le petit couloir du torrent ont disparu. La traversée est directe et la remontée vers le col des Sarradets se fait avec menace d’orage donc rapide.

Du col nous découvrons la nouvelle silhouette du refuge : un gros cube noir à deux étages est appuyé à l’ancien bâtiment, dont les huisseries rouges n’ont guère été rafraichies. Les travaux extérieurs ne sont pas achevés. Peut-être l’intérieur sera-t-il plus conforme à nos attentes. Un résidu de névé coloré d’ocre rouge par d’anciennes poussières occupe le fond du pierrier à l’ouest de la rampe de montée vers la brèche.

Nous déposons nos charges dans le local technique. Hervé prend contact avec Vivien le nouveau gardien du

refuge qui nous affecte le dortoir n°3 (sur 8 en tout) au premier étage. Chaque dortoir comporte trois lits à étage. C’est juste ce qui nous convient. Sanitaires collectifs, un seul WC par étage. Une douche par étage, mais fermée par mesure d’économie, surprenant. La salle de restauration a été doublée, et la terrasse élargie. Les barreaux d’accès à l’entrée d’hiver face à la grande cascade de Gavarnie, ont disparu. Pour nous, ça va, mais après des années de travaux, nous restons un peu déconcertés. Pendant que nous nous rafraichissons sur la terrasse, trois hermines en tenue d’été jouent en contrebas. Le refuge est complet, et les tentes de bivouac abondantes au pied du refuge.

Au repas ce soir, soupe à l’oignon, Chili avec du riz et crème dessert, le tout largement servi, c’est parfait. A notre table des randonneurs venus de Ténérife. Et après contemplation des sommets du cirque de Gavarnie, et des remparts naturels autour de la brèche, nous allons dormir. D’après certains en bivouac, il y a eu un passage orageux assez actif pendant notre repas puis dans la soirée, puis le ciel s’est entièrement nettoyé.

Jeudi 11 Aout : 6h15 La petite musique du téléphone nous réveille, et moins d’une demie heure plus tard, nous découvrons le buffet du petit déjeuner : là aussi rien à dire il y a tout ce qui nous prépare à une bonne journée en montagne. Nous laissons à la piaule ou dans les placards du local technique, tout ce qui nous plombe les sacs.

A 7h30 nous sommes prêts à démarrer vers le Taillon. La montée est rude juste sur le pddm, mais nous sommes ravis d’atteindre la Brèche très rapidement. Au-delà de la barre qui domine le refuge, il reste deux petits lacs tout bleus, et deux résidus de névés fondus sans doute à l’heure où j’en parle. Le pierrier juste avant la Brèche est encore fondé sur de la glace dure, mais pour combien de temps. Lorsqu’elle aura fondu, c’est l’approvisionnement en eau des Sarradets qui sera compromise.

L’Espagne est à nos pieds, du Casque et du col des Isards à gauche, à la muraille vers le Taillon à droite ; devant nous la descente vers le cirque de Cotatuero et le canyon d’Ordesa. Beaucoup de groupes nous dépassent mais pas de notre ancienneté, à chacun son rythme. Après la corniche rocheuse, c’est le Doigt de la Fausse Brèche et sa grotte dédicacée suite à un orage à ceux qui s’y étaient réfugiés. En contre-bas à droite nous avons la cascade et le col des Sarradets. De nervures rocheuses en pierriers, nous arrivons au sommet du Taillon. Tout autour de nous, les Pyrénées étalent sommets connus ou pas, colorés de rouge, de blanc et d’ocre suivant leurs origines. Nous nous essayons au jeu des identifications : fond du Cirque de Gavarnie, massif du Mont Perdu, crêtes soulignant le canyon d’Anisclo, sommets encadrant le Rio Ara vers le Massif du Vignemale, Pic du Midi de Bigorre, et tant d’autres. Nous sommes montés en 2h30, ce qui nous satisfait totalement. Photos et contemplation, tentative de trouver du réseau, bof !

La descente est tranquille, la météo est sûre avec quelques nuages d’altitude, pas de tendance orageuse

pour les 48h à venir. Nous déjeunons avant la pointe Basillac, contre la paroi et face à Ordesa. Les pique-

niques sont corrects, avec sandwich rillette et sandwich fromage, taboulé, compote et sucreries diverses. Nous serons pour la sieste au refuge, avec spectacle d’une marmotte sous la terrasse. La récupération est intense ! La soirée s’achèvera après une bonne tartiflette, en compagnie entre autres, d’un belge en itinérance avec son fils de 12 ans (Marboré aujourd’hui ! ) .

Mais ce soir, Jean a constaté la décadence simultanée de ses deux fidèles chaussures de montagne. De plan A en plan B ou C, nous restons pragmatiques : ce soir tout est nominal, et nous constituons une équipe inséparable. Des lacets de secours sont mis en place. Tout tiendra jusqu’au bout, et nous resterons donc sur le plan A jusqu’au Col de Tentes, avec une surveillance continue tout de même.

Vendredi 12 Aout : Toujours 6h15 pour le réveil, et départ vers 7h40 après avoir regarni entièrement nos sacs. Ceux-ci ont pris la forme de notre dos, ou l’inverse, car nous sommes très vite au balcon de la Brèche de Roland. Cette fois, nous partons à gauche, vers le Pas des Isards, que nous franchissons les mains dans les poches et les doigts dans le nez, sur la chaîne et les bâtons dans le sac. A la sortie de ce passage, nous nous éloignons des pieds du Casque pour crapahuter vers la grotte Casterets. Cette longue voute abrite l’entrée d’un réseau de salles au sol gelé depuis des siècles. L’accès en est empêché par une longue grille par sécurité. En poursuivant notre progression vers le col de Millaris, nous croisons un monsieur avec trois jeunes enfants venant de Goritz et persuadé que la Brèche de Roland était à leur portée ! Au col de Millaris quelques isards se sont à peine éloignés, occupés qu’ils étaient à lécher des blocs de sel.

Laissant El Descargador à notre gauche nous descendons vers le plan de Narciso, puis le plan de Las Salineras en franchissant la barre rocheuse par une petite cheminée, avec l’assistance d’une corde de sécurité. Ces deux plans sont quasi desséchés en cette saison et doivent faire de super patinoires en hiver ! Nous déjeunons près d’une ancienne cabane de pierre quasi ruinée, en arrière des lapiaz dominant la célèbre descente de Cotatuero et ses claviras. Mylène les a descendus autrefois, mais nous a juré qu’elle ne recommencerait pas ! Ça tombe bien : ce n’est pas la direction de l’entrée de la Vire des Fleurs.

L’entrée de la Vire se trouve à l’extrême ouest du cirque de Cotatuero, à 2420m d’altitude, par un sentier très rapidement aérien. Le fond d’Ordesa est à 1320m d’altitude. Et donc la vue est splendide en face sur les falaises de la faja de Pelay (Chemin des Chasseurs), sur les falaises à-pic des pointes successives à chaque virage de la vire. Rapidement le sentier se plaque au flanc du pic de Gallinero à droite, mais toujours avec une largeur confortable et un cheminement sans difficulté. Dire que notre attention n’est pas soutenue serait faux. Trois d’entre nous ne sont jamais venus ici, et il est obligatoire de s’arrêter avant de regarder le paysage ou de faire des photos, toujours par sécurité. Lorsque nous sortons de la Vire, nous trouvons que finalement ses 3,5 km se sont passés assez vite, mais apprécions l’arrivée au cirque de Carriata, sur le plan des Aguas Tuertas. Un ruisseau dessine de larges méandres avant de plonger dans une faille sous un gros rocher en forme de tortue. Des hardes d’isards parcourent la prairie, quelques marmottes se dandinent dans les rochers. Nous trouvons une terrasse herbeuse contre le flanc est du plateau, avec une petite cascade d’eau vive à 50m, et un site de séjour équipé d’une table de pierre et de cinq sièges qui semblent nous attendre. On nous dira plus tard que depuis quelques mois le bivouac n’y est plus autorisé ! Mais comme nous ne pensons pas y retourner de sitôt … En plus des nôtres il n’y aura qu’une demie douzaine d’autres tentes ce soir-là. Nous arrivons vers 17h et notre bivouac est rapidement monté. La salle de bain au pied de notre cascade se révèle plus pratique que les sanitaires des Sarradets. Nous serons de bonne heure au repos, car notre seule distraction est l’arrivée de quelques autres randonneurs au loin. La brise tombe avec le soleil, bonne nuit.

Samedi 13 Aout : Réveil bien sûr toujours à 6h15. Le cirque est dans l’ombre, et le bivouac (2330m d’altitude) est démonté avant le petit déjeuner. Déjà deux autres randonneurs commencent à remonter vers le col de Mondarruego. Nous repartons comme d’hab vers 7h30. La montée est aussi brutale que minérale jusqu’au col à 2730m, entre le Mondarruego à gauche et l’Escuzana à droite.. Changement de paysage, car nous dominons le cours du Rio Ara qui remonte vers l’ouest vers le pied du Vignemale. Les vires de l’Escuzana longent la muraille éponyme vers le nord. Après une première descente dans la pierraille, nous dominons St Nicolas de Bujuaruelo, et nous découvrons une vire torturée, montant et descendant sans répit, se tordant contre des replis de la montagne. Le franchissement d’un rocher dominant le vide, nous amène à utiliser une deuxième fois la corde de sécurité. Un piton bien placé nous confirme que cela se fait à cet endroit.

La vire s’achève dans un vallon blanc de calcaire à droite, et rouge de grès à gauche. La crête aboutissant à la

Forqueta de Gabietou est hostile et hérissée de pointes, avec des passages mal signalisés aboutissant à des fenêtres multiples et dangereuses avant le col lui-même. Philippe et Maryse étant passés récemment, nous facilitent l’identification du bon passage. Côté espagnol, l’air semble épaissir avec l’humidité, l’orage se prépare pour l’après-midi. Nous décidons de ne pas nous arrêter avant Boucharo. La descente raide derrière le col, est avalée rapidement, pour suivre le chemin sous les flancs du Taillon qui nous domine maintenant à droite.

L’arrivée sur Boucharo vers 13h30 nous montre que la montagne évolue, d’érosion ponctuelle en effondrement d’anciens sentiers. En débouchant à Boucharo, nous constatons que l’orage menace aussi sur la France. Nous prenons notre dernier taboulé, avec la fin du saucisson de Mylène (seulement pour alléger son sac). Lorsque nous atteignons les voitures vers 15h, nous venons d’entendre le tonnerre au-dessus de Gavarnie.

Merci à Jean, Maryse, Mylène et Philippe pour ce périple dans un des plus beaux massifs des Pyrénées. Bravo aux chaussures de Jean qui ont préservé le plan A tout au long du parcours. Et merci à tous les lecteurs pour nous avoir suivi sur le récit de cette randonnée d’Aout 2022.

Amitiés à tous

Texte d’Hervé – Photos de Jean, Maryse et Hervé, complément de Maryse

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